Japon : doublement du reste à charge des familles pour les soins de longue durée (2)

Échos d'ailleurs

Date de rédaction :
25 octobre 2016

Il est indispensable que ceux qui disposent d’un patrimoine personnel contribuent » souligne le Pr Komamura (professeur d’histoire sociale à l’université Keio à Tokyo) « mais il est tout aussi indispensable que le gouvernement anticipe les conséquences pour les malades et leurs familles de chacune des réformes qu’il envisage. » Le Premier ministre Shinzo Abe insiste, dans ses interventions, sur sa politique de « distribution des fruits de la croissance », mais nombre de personnes âgées préfère parler de « distribution de la douleur ». Beaucoup de Japonais qui avaient jusqu’à présent le sentiment d’appartenir à la classe moyenne, ressentent, désormais, la peur de la pauvreté lorsqu’ils seront âgés. Le quotidien Asahi Shinbun cite le cas d’une dame de quatre-vingts ans, dépendante au plus haut degré après un accident vasculaire cérébral invalidant. Elle vit dans un établissement d’hébergement public. Son reste à charge mensuel est passé de 80 000 yens (700 euros) à 170 000 yens (1 485 euros). Son mari perçoit une retraite mensuelle de 280 000 yens (2 446 euros). Outre le loyer de leur maison (80 000 yens – 700 euros – par mois), le mari doit payer sa participation à l’aide à l’autonomie. Face à l’impossibilité pour lui de faire face à ces charges, leur fils envoie 40 000 yens (350 euros) chaque mois, mais cette somme n’est pas suffisante. Avec la nouvelle législation, dès lors que l’un des membres d’un couple est redevable de la taxe d’habitation, on considère que les revenus du couple ne justifient plus l’attribution de ces aides. Le fils a expliqué la situation aux services sociaux ; ceux-ci ont répondu qu’il devait revoir le mode de vie de sa mère et la faire revenir à la maison, où elle pourrait bénéficier d’aides à domicile. « Il n’y a qu’une solution : mes parents devraient divorcer » envisage-t-il. En fait, il n’est pas sûr que cette solution apporterait le résultat escompté. En effet, la nouvelle législation a prévu la suppression de ces aides même pour les couples dispensés de la taxe d’habitation dès lors qu’ils disposent d’un revenu annuel égal ou supérieur à 3.46 millions de yens (30 062 euros). D’après le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, le nombre de bénéficiaires de ces aides est passé de 1.2 million à neuf cent mille personnes depuis la réforme.

Asahi Shinbun, 19 juin 2016. Traduction française de Kyoko Siegel.