Accidents causés par la personne malade : quelle responsabilité juridique pour la famille japonaise ? (3)

Acteurs de l'écosystème Alzheimer

Date de rédaction :
20 février 2016

Dans un éditorial, le journal Asahi Shinbun, l’un des cinq quotidiens nationaux japonais, prend clairement position sur ce fait de société : « la sombre réalité est que les aidants des personnes atteintes de démence ne peuvent qu’essayer de faire de leur mieux, alors qu’ils ont les nerfs constamment à vif en raison de la responsabilité de leurs faits et gestes. Nous soutenons le jugement de la Cour suprême. » Les professionnels de l’aide et des soins et les aidants ont suivi le procès « avec une considérable anxiété. Ils craignaient qu’une responsabilité juridique accrue que l’on aurait fait peser sur les familles n’encourage des mesures extrêmes d’enfermement ou de contrainte physique des personnes dont elles ont la charge. » Pour le journal Asahi Shinbun, le verdict laisse sans réponse la question de la compensation des dommages causés par des actions de personnes atteintes de démence. « Suffirait-il simplement de renforcer et d’étendre la responsabilité individuelle dans les contrats d’assurance privés, ou doit-on envisager la création d’un fonds public ou d’autres couvertures ? Au Japon, où la population vieillit rapidement, les rangs des personnes atteintes de démence vont s’accroître, sans parler des personnes âgées vivant seules. Comme il est impossible de prévenir l’errance des personnes âgées atteintes de démence, ce dont nous avons vraiment besoin est un système où la collectivité locale tout entière les soutienne pour ne pas laisser le fardeau reposer sur les seules familles proches ou d’autres aidants. La ville d’Omuta (préfecture de Fukuoka), connue pour ses programmes pionniers sur ce sujet, a mis en place un service d’information en réseau : des courriers électroniques sont envoyés à tous les citoyens, aux administrations et à des associations diverses pour relayer l’alerte lorsque quelqu’un a disparu. Des exercices sont organisés dans toute la ville. L’objectif d’Omuta est de créer une cité où “tous les citoyens peuvent marcher en sécurité même s’ils sont atteints de démence”. Nous aimerions voir ce programme prendre forme dans tout le pays », déclare l’Asahi Shinbun. « Il serait aussi d’une importance cruciale de créer un environnement permettant aux personnes malades et à leurs aidants de recevoir les soins nécessaires et des conseils professionnels dès les premiers stades de leur maladie. En janvier 2015, le gouvernement a annoncé une nouvelle stratégie nationale pour la démence, le “nouveau Plan orange”, qui appelle à la “réalisation d’une société où chacun peut rester soi-même tout en vivant dans son environnement familier”. Avec le verdict de la Cour suprême comme repère, nous espérons que ce plan avancera peut-être lentement mais sûrement. Une société bienveillante avec les personnes atteintes de démence est sûre d’être bienveillante à l’égard de tous. »