Vieux continent
Échos d'ailleurs
« L’Europe n’est pas surnommée le “Vieux continent” sans raison, rappellent Anna Métral et David Stokkink, du groupe de réflexion et d’action européen (think and do tank) Pour la solidarité. « Alors que la France et la Belgique ont mis en place une politique mixte, l’Allemagne se concentre sur une politique familialiste visant à encourager les proches à s’arrêter de travailler pour s’occuper d’un proche dépendant. Les aidants proches sont en très forte majorité de femmes (90% des aidants en Allemagne). C’est encore une fois les femmes qui sont prioritairement dirigées vers le foyer quand le besoin s’en fait sentir. Paradoxalement, c’est donc le pays dont la population est la plus vieillissante qui choisit de ne pas miser sur des services à la personne, professionnels et de qualité, synonyme de création d’emplois, de conditions de travail garanties et d’un salaire décent ». En France et en Belgique, « la montée de mouvements populistes et conservateurs dans les sphères politiques influence ce secteur vers une politique de plus en plus familialiste en insistant sur les rôles sociaux de sexe. Les discours militent pour une sortie des femmes du marché du travail et un retour au foyer, une ligne politique qui n’incitera donc pas à tenter à concilier rôle d’aidant et emploi. À l’inverse, les entreprises semblent s’impliquer de plus en plus dans la mise en place de mesures de conciliation pour les aidants. Inclus dans leur stratégie de responsabilité sociale des entreprises (RSE), les dispositifs destinés initialement aux seuls parents s’élargissent petit à petit aux aidants proches assistant une personne dépendante. La nécessité pour certains employés d’avoir du temps pour s’occuper d’un proche est prise en compte en les encourageant néanmoins à rester en emploi. Quelques mesures apparaissent ainsi pour soutenir les aidants proches. Si nous devons encourager l’indépendance financière et le maintien des droits sociaux pour ces personnes, il convient, en parallèle, de militer pour une meilleure accessibilité des services professionnels afin que la fonction d’aidant reste un choix. » De manière générale, « l’Union européenne ne bénéficie pas d’une politique commune sur le sujet. Il manque une harmonisation européenne qui garantirait un secteur des services à la personne efficace, accessible et délivrant des soins de qualité. Une garantie créatrice d’emplois associant droits sociaux et rémunération, qui miserait sur le futur d’une Europe où les personnes dépendantes seront de plus en plus nombreuses. »
Métral A et Stokkink D. Être aidant-e. Entre solidarité choisie et précarité subie. Notes d’analyse Affaires sociales, mars 2017 (texte intégral).
www.pourlasolidarite.eu/sites/default/files/publications/files/na-2017-aidants-proches.pdf.